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Villes en biens communs : un festival pour explorer, créer, faire connaître les communs

GWL-Terrein à Amsterdam: un quartier en bien commun

Régis Niederoest

(déposé le 2014-01-08 19:33:17)

L’Association écoquartier de Lausanne a invité le 16 octobre 2013, dans le cadre du Festival francophone Villes en biens communs, Joze van Stigt, une initiatrice de l’écoquartier «GWL-Terrein» à Amsterdam. Sa conférence, synthétisée ci-dessous, était précédée d’une présentation de la thématique des biens communs définie ici succintement.

Définition des biens communs

La notion de bien commun constitue un principe de gestion commune ou collective d’une ressource. Lorsque qu’une ressource matérielle (eau, terrains, équipements, etc.) ou immatérielle (savoirs, culture, outils, etc.) est considérée comme commune aux membres d’un groupe, ce groupe s’organise de manière démocratique pour la partager et la faire perdurer. Ainsi plutôt que d’appartenir à un individu particulier, une ressource commune appartient à tous et tous doivent faire en sorte qu’elle perdure. La gestion commune est une alternative à la gestion de biens privés par le marché et à la gestion de biens publics exclusivement par l’Etat. Dans cette perspective, la présentation du quartier GWL-Terrein par Joze van Stigt, donne à voir un quartier conçu tel un bien commun : approprié par ses habitants et accessible à tous.

Présentation de GWL-Terrein

GWL-Terrein se situe dans le quartier de Staatsliedenbuurt, au sein de l’arrondissement  Amsterdam-West. Dense, écologique, sans voitures, et socialement mixte, GWL-Terrein compte 625 logements et près de 2000 habitants sur un terrain de 6 hectares en mains publiques (comme 95% de la ville d’Amsterdam). Imaginé en 1986, il a été édifié dix ans plus tard sur un terrain anciennement occupé par une usine de traitement des eaux.

Le lancement du projet

GWL-Terrein c’est, à l’origine, une idée des habitants du quartier de Staatsliedenbuurt, quartier alors pauvre d’Amsterdam. En 1986, les autorités locales projetaient de réaffecter le terrain de l’usine de traitement des eaux en zone industrielle. Un petit groupe d’habitants de Staatsliedenbuurt, dont faisait partie Joze van Stigt, proposa alors l’alternative de profiter de la qualité écologique des lieux (de la qualité des sols et des espaces verts) pour en faire un quartier d’habitation écologique. En 1989, les autorités locales abandonnèrent le projet de zone industrielle en faveur d’une réaffectation des lieux en quartier d’habitation et lancèrent, par la suite, le processus qui donnera naissance à GWL-Terrein.

Le projet GWL-Terrein a réuni principalement les acteurs suivants : les autorités locales constituées par le Conseil d’arrondissement de Westerpark (également propriétaire du terrain), les développeurs (entreprises de logement social), les architectes et urbanistes, et last but not least, les habitants du quartier élargi qui étaient aussi les futurs habitants de GWL-Terrein. Les habitants se montrèrent très investis dans le processus d’élaboration du quartier et de leur logement, à travers divers groupes de travail. Ils sont d’ailleurs, à l’heure actuelle, encore directement investis dans la gestion de lieux, qu’ils soient locataires ou propriétaires. Face aux habitants, Joze van Stigt explique que les autres interlocuteurs n’étaient pas toujours prêts à ouvrir le dialogue, à se mettre au même niveau et à user sans excès de leur pouvoir. Joze estime néanmoins que les habitants ont obtenu 80% de ce qu’ils désiraient et que, même avec l’intense participation citoyenne, la réalisation du projet a été plus rapide que d’ordinaire : une dizaine d’années plutôt que les vingt années habituellement nécessaires à Amsterdam. Une des actions remarquables du groupe d’habitants fut, au début du processus, de soumettre au public, à travers un appel par la presse, leur proposition de quartier écologique et sans voitures. La proposition reçut le soutien de quelques milliers de personnes.

D’abord des logements pour les habitants alentour

Les nouveaux logements de GWL-Terrein ont été prévus de sorte à être d’abord accessibles aux habitants du quartier élargi : en termes de prix, avec des logements subventionnés et une offre d’appartements en location ; de plus, les habitants établis depuis dix ans dans le quartier élargi avaient la priorité sur l’attribution des nouveaux logements et en particulier les personnes qui avaient un logement insalubre ou trop petit. Il reste que la plupart des logements étant acquis en propriété privée et sans contrôle de prix, leur valeur a nettement augmenté depuis la construction en 1996, et le tournus d’habitants est très faible. Ce sont donc essentiellement les premiers habitants qui ont pu accéder à un logement abordable à GWL-Terrein.

Les principes : ouverture, appropriation et communication

Le rapport des habitants et voisins aux lieux, et leur respect, est dû à trois principes: l’ouverture, l’appropriation et la communication. Joze van Stigt explique que ces trois principes amènent les habitants à considérer les lieux comme appartenant à tous, au-delà des frontières de GWL-Terrein d’ailleurs, plutôt qu’à chacun en particulier. Ils n’en sont pas les propriétaires !

Le quartier est ouvert à son contexte. Les habitants du quartier élargi peuvent aussi profiter des espaces et des activités de GWL-Terrein. La fermeture engendrerait, d’après Joze van Stigt, de la peur. L’ouverture démontre plutôt de la confiance et se trouvera récompensée. En effet, GWL-Terrein est un grand îlot ouvert. Sans voitures, il compte de vastes espaces extérieurs dont quelques-uns seulement sont privatisés. Des habitants de GWL-Terrein, comme de l’ensemble de Staatsliedenbuurt, viennent y passer du temps, faire des pique-niques ou cultiver un potager, des écoliers y jouent, etc. Aucun espace extérieur n’est clôturé. Même les potagers cultivés par les habitants peuvent être traversés par n’importe qui.

Le quartier favorise l’appropriation. Les habitants et voisins participent à la vie, la gestion et l’entretien du quartier qui prend ainsi plus de valeur aux yeux de chacun. Le quartier compte une multitude d’associations ou groupes pour en assurer la gestion : une association faitière à laquelle participent les pouvoirs publics, permettant ainsi de faire remonter les demandes des habitants ; une association pour chaque immeuble ; des groupes pour assurer des tâches telles que l’entretien de la végétation, etc. Les participants aux assemblées ne sont pas élus et fixes, ils sont variables à chaque fois, et propriétaires comme locataires disposent chacun d’une voix. En outre, les habitants prennent en charge eux-mêmes l’entretien de la végétation, les enfants, y compris des alentours, ont planté les arbres fruitiers et dessiné leur place de jeu, la récolte et la dégustation des fruits est ouverte à tous, etc.

La communication comme outil de contrôle social. Les habitants signent à leur entrée une charte de comportement écologique traitant des questions de pesticides, déchets, stationnement des voitures, etc. Au-delà, pour assurer le respect des lieux, Joze van Stigt insiste sur l’importance de la communication qui se tisse entre habitants comme usagers.

Régis Niederoest, Association écoquartier, www.ecoquartier.ch, regis@ecoquartier.ch

L’Association écoquartier a également traité de la thématique des biens communs lors des « Journées des alternatives urbaines » en mai 2013. Retrouvez les discussions sur http://alternativesurbaines.ch.